Travaux et Recherches Archéologiques
sur les Cultures, les Espaces et les Sociétés
UMR 5608 T.R.A.C.E.S

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Peintures murales d'Herculanum : analyse d'un répertoire iconographique

Responsable du projet et des missions
Alexandra Dardenay (UTM - TRACES)

Equipe
Thomas DIETSCH
Hélène ERISTOV (CNRS-ENS)
Marie-Laure MARAVAL (TRACES)
Myriam TESSARIOL (Doctorante TRACES)

Description du projet

Notre équipe travaille selon une approche « interdisciplinaire » de l’étude du décor antique envisageant la lecture des vestiges d’un point de vue diachronique, mais aussi en leur restituant, autant que possible, leur contexte spatial, social et culturel. Une telle expérience scientifique rencontre un champ d’enquête privilégié  sur le territoire campanien, dans les cités préservées par les conséquences de l’éruption du Vésuve de 79 ap. J.-C. A cet égard, la cité d’Herculanum constitue un « laboratoire » privilégié et nous en ferons le cadre d’une analyse systématique du décor permettant notamment de développer une analyse sur les problématiques suivantes :
 
  • Mise en valeur des spécificités artistiques, religieuses, sociales et  culturelles de la société herculanaise.
     
  • Réflexion sur les commanditaires.
     
  • Etude de l’adéquation du décor aux locaux.
     
  • Caractérisation de la domus Herculanensis, vis-à-vis de la domus Pompeiana.
     
  • Analyse du fonctionnement des ateliers de décorateurs dans la région campanienne

Ce projet permettra de combler une grave lacune dans les études sur les cités campaniennes. En effet, si les décors pariétaux de la cité de Pompéi et ceux de demeures comme la villa San Marco de Stabies ou la villa de Poppée à Oplontis sont bien étudiés, fort pauvre est la documentation disponible pour les décors d’Herculanum.


Les peintures murales d’Herculanum n’ont fait l’objet jusqu’ici d’aucune couverture photographique systématique, d’aucun répertoire d’ensemble, si bien qu’aujourd’hui il est impossible de mener une synthèse iconographique ou stylistique sur l’ensemble des décors pariétaux de cette cité. Or, à l’heure ou la plupart des peintures d’Herculanum sont soit totalement effacées ou écroulées, soit menacées d’une disparition prochaine, il nous paraît urgent de constituer enfin le corpus des décors peints d’Herculanum. Puisqu’il faut agir vite, mais aussi très méthodiquement, notre ambition est, dans un premier temps, de réaliser un répertoire systématique des décors figurés d’Herculanum. L’expérience iconographique que nous proposons, unique par son potentiel, permettrait une analyse à la fois complète et globale d’un corpus précis et limité qui possède ses caractéristiques propres. Nous sommes là devant une opportunité exceptionnelle de poser les jalons d’une vraie réflexion iconographique globale, inédite et unique en son genre sur le corpus romano-campanien. Le statut particulier de l’image à Herculanum, très différent de ce que l’on observe à Pompéi, doit susciter une enquête à la fois historique et sociologique.


 
Soucieux de diffuser de la manière la plus large et la plus efficace le répertoire des décors ainsi produit, nous avons adossé notre projet à des supports informatiques. Les décors sont saisis dans une base de données selon une fiche typologique destinée à éviter les erreurs d’interprétation par une lecture trop hâtive des schémas iconographiques. En effet, une analyse iconographique fondée sur une typologie de la gestuelle et la position des corps permet de déboucher sur la mise au jour de choix programmatiques concernant les décors pariétaux ; elle permet également de s’interroger sur le fonctionnement des ateliers et le rôle des commanditaires. Cette base de données sera ensuite rendue consultable sur internet à travers un site dont l’interface cartographique permettra d’accéder aux informations sur les images pariétales d’Herculanum (nous envisageons d’ailleurs un système de « Web-mapping »).
 
Une telle recherche s’inscrit dans le courant récent d’un renouveau d’intérêt pour Herculanum, laissé, depuis A. Maiuri, à l’écart des recherches romano-campaniennes, déficit qui est étroitement lié à l’absence de répertoires et d’outils de travail sur ce site. Ces dernières années, des programmes comme le Herculanum Conservation Project  et le DHER (Domus Herculanensis Rationes) ont permis une restauration et une relecture des vestiges qui rendent opportun notre projet. Signalons toutefois que la plupart des travaux, portés par le mécénat de Hewlett Packard et du Getty Museum, portent sur la conservation-restauration du site et laissent de côté la lecture et l’interprétation des décors et des images. Notre projet est donc à la fois original et complémentaire vis-à-vis des travaux en cours sur le site.
 
Le dernier colloque Vesuviana (dont on peut lire le compte rendu d’A. Dardenay, porteuse de ce projet, sur le site de Bryn Mawr Classical Review) a montré le succès de plusieurs expériences novatrices de valorisation de la recherche par le biais de l’informatique, dans la lignée desquelles s’inscrit notre programme. Signalons, à cet égard, qu’une collaboration est nouée avec Antonella Coralini (Université de Bologne), co-fondatrice du projet Vesuviana, qui dirige actuellement un projet de photogrammétrie des édifices d’Herculanum. D’autre part, signalons que notre projet s’insère d’ores et déjà dans le GDR « Pompéi » porté par l’UMR 8546 (Hélène Dessales).
 
L’intérêt du projet et son ambition interdisciplinaire et internationale ont été retenus par le Conseil de laboratoire de TRACES qui l’a élu en mai 2011 pour bénéficier d’une dotation dans le cadre d’un « fond d’amorçage ». Ce soutien et cette reconnaissance du laboratoire nous a permis de réaliser en juillet 2011 une première mission sur le terrain afin de valider notre méthodologie, avec le soutien et l’appui logistique du Centre Jean Bérard (Naples). A cette occasion, l’enquête et le travail de relevé et d’information ont pu couvrir toute l’insula V dont les décors (des maisons accessibles) ont été saisis dans notre base de données. L’enquête s’étend sur trois champs :
 
  • Travail sur le terrain : relevés systématiques des décors, photographie, prise de dimension des pièces, des surfaces décorées, des thèmes figurés.
     
  • Travail au Musée de Naples : de nombreux décors ont été prélevés entre le XVIIIe et le XXe siècle et sont conservés au Musée, bien souvent sans indication précise de provenance. Une longue enquête dans les registres et les carnets de fouille permettra sans doute de rendre à de nombreux décors leur contexte originel. Cet axe du projet offre un vivier de sujets à offrir à des étudiants de Master.
     
  • Travail aux archives photographiques conservées à la Direction des fouilles de Pompéi. Parallèlement au travail sur le terrain, la consultation de ces archives permet l’accès à une documentation de première main, montrant les maisons et décors d’Herculanum au cours des fouilles d’ A. Maiuri (1927-1961). Les clichés permettent de considérer l’état initial du site, de mesurer les dégradations et offre des reproductions précieuses de décors aujourd’hui disparus.