Travaux et Recherches Archéologiques
sur les Cultures, les Espaces et les Sociétés
UMR 5608 T.R.A.C.E.S

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ArchéoLèze. Caractérisation de l’habitat et rapport des hommes au paysage dans la vallée de la Lèze du second Âge du fer au IIIe s. ap. J.-C.


Responsable
Matthieu Soler (UT2J, membre associé à TRACES)

Participants
Elodie Guillon (Université Toulouse II)
Joris Ufkès (Université Toulouse II)

Campagnes
Prospections de terrain en avril-mai et octobre 2015,
demande similaire en cours pour 2016.

Financement / Support
DRAC Midi-Pyrénées et laboratoire TRACES. L’association CERAGas fournit également un support logistique.

Présentation

L’aire d’étude envisagée est située dans une zone où l’économie de la montagne est ouverte sur le piémont et la plaine. C’est une zone de transition relativement méconnue puisque éloignée des grands axes que sont le Salat, l’Ariège et à plus forte raison la Garonne. Arize et Lèze sont pourtant les débouchés du Plantaurel central. Le paysage est vallonné, intermédiaire entre l’est et l’ouest du département de l’Ariège avec : l’Arize tournée, en amont, vers le Couserans et, en aval, vers la Garonne ; la Lèze tournée vers l’Ariège, elle-même orientée, en aval, vers la Garonne dans laquelle elle débouche. De plus, au niveau du peuplement et des cultures modernes, nous sommes dans un espace de contacts avec Saint-Girons tourné vers Saint-Bertrand et Foix tournée vers Toulouse. La preuve en est le découpage des évêchés, la zone appartenant à l’évêché de Rieux depuis le XIVe s., donc vraisemblablement au diocèse de Toulouse avant cette date.

Au niveau antique, ce pays est situé entre la cité des Consoranni, connue par les textes anciens, et la vallée de l’Ariège, bien moins connue. Les auteurs de la CAG 09 insistent sur la nécessité de reprendre l’étude de ces aires peu prospectées. À en croire Pline (N.H., III, 32), il est possible que les Consoranni soient pour partie intégrés à l’Aquitaine sous domination de Saint Bertrand, et pour partie sous domination de Toulouse, en Narbonnaise, avant la réforme de Dioclétien. La frontière occidentale de la Transalpine et de l’Aquitaine n’est pas bien définie dans cette zone, notre étude pourrait aider à préciser les choses. Ausonne (Ordo urbium nobilium, XIX, 102-102) laisse supposer qu’à son époque la vallée de l’Ariège devait relever de l’administration toulousaine, ce qui pouvait tout aussi bien être le cas de la vallée de la Lèze, si ce n’est celui de la vallée de l’Arize. La limite entre Consoranni, Convènes et Tolosates serait une ligne His-Hitte-Cérisol. Mais dans l’état actuel de la documentation, la limite entre cité des Consoranni et des Tolosates dans la région de notre étude est malheureusement inconnue. Nous sommes donc dans une zone d’interface tant géographique que culturelle et même économique.

En effet, à l’âge du Fer, les mines de fer, de cuivre (en particulier pour le Plantaurel) et de plomb-argent de la montagne sont un enjeu majeur. L’abandon des sites de hauteur de l’âge du Fer fin du Ier av. J.-C. tout début du Ier ap. J.-C. inaugure une recomposition méconnue du territoire dans cet espace. Arize et Lèze sont des débouchés naturels de certaines zones d’extraction du Plantaurel. Cela étant, l’organisation de l’habitat dans ces deux vallées et leurs rapports avec le commerce des métaux n’a jamais été étudié. Seuls les travaux de l’érudit Urbain Gondal sur le territoire de la commune de Lézat nous donnent quelques éléments d’occupation romaine mal caractérisée à Malsang (Lézat), Villaret-Carrou (Lézat) et Castagnac (Sainte-Suzanne) où il suppose la présence de villae. Une première année de travail nous a déjà montré la richesse insoupçonnée des sites ruraux de cette région : grandes villae et importantes installations rurales construites en brique et mortier. Nous souhaitons caractériser l’habitat, son organisation, sa hiérarchisation, ses réseaux dans la vallée de la Lèze afin d’établir un étalon de référence qui nous permettra de comparer avec les résultats de campagnes ultérieures sur la zone Lézat-Labarthe, pour mieux voir la relation avec Toulouse. L’objectif est aussi de construire un modèle de référence qui sera comparé avec l’étude de la vallée de l’Arize, pour l’instant vierge de sites dans la carte archéologique. Quelle économie pour cet espace, quels échanges pour ces sites ? Une telle étude devrait permettre de mieux comprendre cet espace des confins de la cité de Toulouse et mieux cerner l’organisation spatiale et économique de cette dernière.

Les sites antiques de vallée de la Lèze sont d’abord concentrés dans le fond de vallée, sur de petites terrasses surplombant de quelques mètres l’altitude de la rivière et étant proches d’elle en général de 200-300 mètres, et à proximité de sources ou de ruisseaux. Les grands sites que sont Malsang et le Couvent répondent, chacun sur une berge, à cette situation. Éloignés d’environ 900 m, ils devaient représenter un pôle structurant de cet espace. Tout comme le site de Castagnac, 8,5 km au sud. Aux côtés de ces grands pôles, des installations plus modestes répondent aux mêmes implantations, comme les sites voisins de Boumby et Courtaud, à 2,2 km au nord de Malsang. Ces sites étaient entourés d’occupations qui ont laissé peu de traces sur les côteaux voisins. Bien entendu, la ligne de crète se prête assez mal à la prospection car les champs ne sont pas exploités ou occupés par des fermes modernes. Cela étant les hauteurs n’ont livré que peu de sites malgré des recherches extensives. Le site de Villaret est ainsi situé à 3,1 km au sud de le Couvent et surplombe la vallée à l’extrémité d’un plateau, à 1 km du fond de vallée. La situation est la même que celle de Bouscayre, qui se développe à côté d’une occupation de l’âge du fer sur le plateau voisin et dans la vallée voisine du Canalès. Il y a une exception dans ces implantations, il s’agit du site des Figarèdes d’en Haut, implanté sur un plateau à l’écart de la vallée, surplombant le val du ruisseau de Darré Dahusse, à près de 3 km de la Lèze. Ce site paraît, vu le mobilier, plus important que les sites à tuiles de Boumby, Courtaud, Villaret ou Bouscayre. Peut-être ceux-ci sont-ils liés aux installations de plaine alors que les sites plus éloignés ont une plus grande autonomie.

 

Panorama du site de Lèze - Cliché : Matthieu Soler

Alors que nous pensions, d’après les données anciennes, être surtout confrontés à des données des IIIe-IVe s. ap. J.-C., le mobilier recueillit laisse entrevoir de toutes autres perspectives. L’occupation de la fin de l’âge du fer n’a pu être certifiée que sur le site de hauteur de la Bouscayre, qui fonctionne vraisemblablement avec le site de fond de vallée de Mestrepey. Cette occupation a une profondeur dans le temps puisqu’un site à tuiles s’installe à côté du plateau. La majeure partie de la chronologie, à Castagnac, Figarède et peut-être Malsang semble avoir une amplitude chronologique assez large, du Ier ap. J.-C. au IIIe s. ap. J.-C. L’époque flavienne est fortement représentée dans les sites livrant de la sigillée, tandis que les découvertes monétaires pointent vers le IIIe s. ap. J.-C. On peut donc pour l’instant seulement noter l’existance d’un habitat de hauteur à l’âge du fer. Puis à l’époque romaine, dès le Ier s. ap. J.-C., sont implantés de grands centre de type villae, des centre secondaires, probablement des fermes importantes à l’écart de la vallée, des groupements d’habitats plus simples, et des sites à tuiles isolés. Ces sites sont entourés de terres cultivées dans l’antiquité et ayant donc livré des traces ténues de présence humaine à ces époques.

Parmi les méthodes d’analyse des données de prospection, nous souhaitons travailler à la réalisation d’une modélisation spatiale, sur le modèle du projet Archaeomedes mené dans le Languedoc sur les réseaux d’habitats de l’époque gallo-romaine à l’époque moderne ou du PCR en Lodévois sur le territoire de la cité antique de Lodève. Dans ces projets ont été analysés la typologie et l’implantation des sites, ainsi que les interactions qu’ils développent entre eux. L’ensemble de ces éléments contribue à construire un territoire dont on peut analyser l’organisation, les résiliences et les ruptures dans les dynamiques. Nous n’avons pas ici l’ambition d’atteindre les résultats de tels projets, mais nous avons pensé que l’habitat antique de la vallée de la Lèze se prêtait à une analyse spatiale inspirée de ces précédents travaux. En effet, l’analyse des interactions entre les sites de la vallée pourrait conduire à proposer un schéma d’organisation propre à éclairer nos questionnements sur la place de cet espace dans les circulations antiques ainsi que ses relations avec les cités voisines. Pour cela, nous avons besoin de davantage de données archéologiques. Cependant, nous pouvons d’ores et déjà établir les étapes de la méthodologie que nous emploierons. Nous géolocaliserons les sites dans Modèle Numérique de Terrain, avec le logiciel de SIG ArcMap (ArcGIS de ESRI), qui nous permettra de calculer les distances entre les sites, en temps de marche en fonction du relief. Deux étapes seront ensuite nécessaires : la première est l’analyse typologique des sites et leur hiérarchisation relative ; la seconde est la mise en œuvre du modèle spatial à proprement parler. Les deux étapes s’appuient sur les données de la prospection.

En effet, entreront en compte la surface estimée des sites, la présence de matériaux révélant du bâti, la qualité de ces matériaux (nous pensons ici au marbre notamment, qui a été retrouvé à la villa de Castagnac), la présence de mobilier céramique, que nous différencierons du mobilier céramique de stockage, la quantité de ce mobilier. La modélisation s’effectuera par phases chronologiques, que nous déterminerons une fois l’ensemble des données en notre possession. L’ensemble de ces critères contribuera à définir un poids pour chaque site. Ce poids sera intégré au modèle spatial. Nous pensons utiliser un modèle gravitaire, tel qu’il a été utilisé pour le projet de recherche en Lodévois : ce modèle fait le lien entre les distances qui séparent les sites et leur poids qui est corrélé à leur attractivité : plus un site est « important », plus on suppose qu’il est apte à générer des interactions. Le modèle devrait générer un ou des réseaux d’interactions, ce qui nous permettra d’identifier des pôles potentiels et d’observer la configuration des interactions. Il nous restera ensuite à caractériser ces interactions (que peut-on échanger ? Pourquoi tel site interagit avec tel autre ?) en fonction des connaissances que nous avons acquises sur l’histoire de la zone et des régions voisines. Par ailleurs, le SIG nous permettra également de modéliser des chemins entre les sites, autrement dit les itinéraires concrets potentiellement empruntés d’un site à l’autre. Ces derniers feront l’objet d’une vérification sur le terrain, et seront mis en parallèle avec les réseaux afin de proposer une restitution complexe du fonctionnement territorial de la vallée. Nous géolocaliserons ensuite d’autres sites, grâce à la carte archéologique, afin d’observer les réseaux d’interactions au niveau régional. Cela nous permettra d’aborder les problématiques des connexions de la vallée avec Toulouse et les cités voisines.

Publications

Rapport de fouille, 2015. 

 


 

 

 

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