Des costumes funéraires aux sociétés celtiques

Publié le 1 juin 2026 Mis à jour le 1 juin 2026
le 25 juin 2026
14h
Maison de la Recherche, salle D29
20260601_Sep
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Soutenance d'Andrea Charignon

Andrea Charignon soutiendra sa thèse de doctorat, intitulée Des costumes funéraires aux sociétés celtiques. Identités individuelles et collectives dans le Bassin parisien et ses marges à l’âge du Fer (VIIe-IIIe siècles av. n. è.)., menée sous la direction de de Pierre-Yves Milcent et Sandra-Péré-Noguès.

La soutenance se tiendra le jeudi 25 juin à 14 h dans la salle D29 de la Maison de la Recherche sur le campus de l’Université de Toulouse Jean Jaurès.

Le jury sera composé de :
- Pierre-Yves Milcent, directeur
- Sandra-Péré-Noguès, directrice 
- Philippe BARRAL, rapporteur (Professeur, Université Marie et Louis Pasteur, Besançon)
- Réjane ROURE, rapporteure (Professeure, Université Paul Valéry, Montpellier)
- Marilou NORDEZ, examinatrice (Chargée de recherche CNRS, UMR 6566 CReAAH)
- Andaine SEGUIN-ORLANDO, examinatrice (Maîtresse de conférences, Université de Toulouse)
- Lola BONNABEL, examinatrice (Ingénieure de recherche INRAP / UMR 7268 ADES)
- Manuel FERNANDEZ-GÖTZ, examinateur (Professeur, Oxford University)

Résumé

À l’âge du Fer en Europe de l’Ouest, le costume avec lequel les sociétés enterrent leurs mort. es résulte de choix socialement construits, inscrits dans des traditions, des normes et des stratégies de représentations. Entre singularité individuelle et normes collectives, il constitue un observatoire privilégié des mécanismes d’identification au sein des groupes sociaux. Ce travail de recherche a pour but d’interroger la construction et la matérialisation des identités sociales dans la mort, au sein des sociétés du Bassin parisien et de ses marges, entre le VIIe et le IIIe siècles av. n. è., par le biais d’une lecture paléosociologique des costumes funéraires archéologiques, en considérant ces derniers comme des objets symboliques et sociaux reflétant des choix codifiés par les sociétés et modulés par les trajectoires individuelles.

A partir d’un corpus principal de 104 ensembles funéraires fouillés récemment, 2731 individus et 3039 objets, la méthode repose sur une approche multidimentionnelle et multiscalaire, croisant données contextuelles, bioanthropologiques, mobilières et modèles théoriques issus de la sociologie et de l’anthropologie. La combinaison d’analyses typochronologiques, spatiales et socio-économiques a permis de mettre en évidence une évolution graduelle des costumes funéraires et de la culture matérielle sur près de cinq siècles, invitant à nuancer la pertinence d’un découpage strict entre premier et second âge du Fer. Si aucune rupture franche ne peut être identifiée, un point de bascule apparaît toutefois au cours du IVe siècle av. n. è., marqué par une recomposition de la hiérarchie des éléments du costume, permettant de dépasser une lecture binaire entre continuité et rupture.

À l’échelle collective, l’analyse de la structure des costumes et des réseaux de circulation révèle des sociétés profondément interconnectées, au sein desquelles les objets participent à la construction de plusieurs niveaux d’identification collective. Trois registres principaux peuvent être dingués : interrégion, domaine culturel et micro-région, traduisant des réseaux qui relient et dissocient à la fois ces sociétés. L’existence d’un socle typologique largement partagé, observable tout au long de la séquence, s’inscrit dans des dynamiques d’interaction et de circulation favorisant la convergence de certaines pratiques matérielles. Dans ce cadre, la diffusion des parures de formes simples au premier âge du Fer, puis l’homogénéisation progressive de certains éléments du costume, notamment les fibules, peuvent être interprétées comme les effets d’une intensification des connexions entre groupes.

À l’échelle individuelle, l’application d’une double approche des types de costumes, d’abord strictement biologique puis sociale, a permis de contourner les écueils du « sexe archéologique » et de dépasser l’opposition systématique et binaire femmes/hommes et adultes/enfants. Appliqué à l’analyse du genre et de l’âge social, l’usage de la notion de spectre met en évidence une forte hétérogénéité des expressions identitaire. La majorité des costumes, relativement simples, est partagée par l’ensemble des individus, indépendamment du sexe ou de l’âge, tandis que des combinaisons plus complexes, minoritaires mais constantes dans le temps, traduisent des formes d’ostentation associées aux élites et rendent compte de l’évolution de leurs stratégies de distinction. L’analyse comparée des groupes funéraires montre que le rôle du genre et de l’âge dans la structuration des costumes varie selon les contextes régionaux et chronologiques, tant dans leur intensité que dans la valence accordée aux catégories masculines et féminines. Enfin, au-delà d’une opposition binaire, ces résultats soulignent la pluralité des masculinités et des féminités exprimées dans la mort, ainsi que le caractère progressif et socialement construit de l’accès aux codes vestimentaires associés aux adultes, dont les seuils d’âge varient selon le genre, les régions et les périodes.

Abstract

During Iron Age in Western Europe, the garments in which the dead are buried reflect socially constructed choices shaped by traditions, norms and representation strategies. Situated between individual expression and collective conventions, funerary dress provides a valuable lens through which to explore processes of social identification within social groups. This research examines how social identities were constructed and expressed in death within societies located in the Paris Basin and its surrounding areas between the 7th and 3rd centuries BCE. It adopts a palaeosociological perspective on archaeological funerary dress, understood as both symbolic and social, reflecting culturally codified practices while remaining sensitive to individual trajectories. Drawing on primary data from 104 recently excavated necropolises, 2,731 individuals and 3,039 artefacts, the study develops a multidimensional and multiscalar methodology, combining contextual, bioanthropological and material data with theoretical approaches from sociology and anthropology.

The combined typochronological, spatial and socio-economic analyses reveal a gradual transformation of funerary costumes and material culture over nearly five centuries, calling into question a strict division between the Early and Late Iron Age. Although no clear break can be identified, a shi[ occurs during the 4th century BCE, marked by a reconfiguration in the relative importance of costume elements, thus moving beyond a simple opposition between continuity and change.

At a collective level, the structure of archaeological dress and patterns of circulation point to highly interconnected societies, in which objects contribute to multiple, overlapping forms of collective identification. Three main scales can be distinguished: interregional, cultural sphere and micro-regional, reflecting networks that simultaneously connect and differentiate these groups. A widely shared typological foundation, visible throughout the sequence, is embedded in broader dynamics of interaction and exchange that encourage convergence in material practices. Within this framework, the widespread adoption of simple ornaments in the Early Iron Age, followed by the gradual standardisation of certain items, particularly brooches, can be understood as a consequence of increasingly dense connections.

At the individual level, combining biological and social approaches to dress makes it possible to move beyond both the limitations of “archaeological sex” and the rigid binary oppositions of female/male and adult/child. Using the spectrum concept to analyse gender and social age allowed to highlight the diversity of identity expressions. Most individuals share relatively simple forms of dress regardless of sex or age, while more elaborate combinations, fewer in number yet consistently present, signal forms of display associated with elites and reflect changing strategies of distinction over time. Comparison between funerary groups further demonstrates that the role of gender and age in structuring et reflecting in dress varies across regions and periods, both in intensity and in the value attributed to male and female categories. More broadly, the results point to a plurality of masculinities and femininities expressed in death, as well as to the gradual and socially constructed nature of access to adult dress codes, whose thresholds vary according to gender, region and period.


Crédit photo : H. Paitier (INRAP) Blainville-sur-Orne (14), R. Le Guevellou 2021, p. 389.