Entre Paléolithique ancien et moyen : nature et implications des grands éclats dans les systèmes techniques lithiques de l’ouest européen et nord-africain

Publié le 24 septembre 2026 – Mis à jour le 24 septembre 2026
le 23 octobre 2026
14h
Maison de la Recherche, salle D29
20260924_soutenanceJCapdevielle
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Soutenance de Juliette Capdevielle

Juliette Capdevielle soutiendra sa thèse de doctorat, intitulée Entre Paléolithique ancien et moyen : nature et implications des grands éclats dans les systèmes techniques lithiques de l’ouest européen et nord-africain, menée sous la direction de François Bon et Vincent Mourre.

La soutenance se tiendra le mercredi 23 octobre 2026 à 14h dans la salle D29 de la Maison de la Recherche sur le campus de l’Université de Toulouse Jean Jaurès.

Le jury sera composé de :
- Mme Anne DELAGNES, Rapporteure (UMR 5199 PACEA)
- M. Andreu OLLÉ CAÑELLAS, Rapporteur (IPHES)
- M. Abdeljalil BOUZOUGGAR, Examinateur (INSAP)
- Mme Sonia HARMAND, Examinatrice (UMR 5608 TRACES)
- M. David HÉRISSON, Examinateur (UMR 7041 ArScAn AnTET)
- Mme Anne-Lyse RAVON, Examinatrice (UMR 6566 CReAAH, INRAP)
- Mme Rosalia GALLOTTI, Membre invitée (UMR 5199 PACEA, UMR 5140 ASM)
- M. François BON, Directeur de thèse (UMR 5608 TRACES, Université Toulouse 2 Jean Jaurès)
- M. Vincent MOURRE, Co-directeur de thèse (UMR 5608 TRACES, INRAP)

Résumé

La notion de prédétermination permet d’appréhender celle de tradition technique, puisqu’elle induit la transmission de savoir-faire et connaissances. Une systématisation et une prédétermination croissante des produits du débitage utilisés comme supports pour l’outillage léger figurent parmi les principaux changements techniques qui caractérisent le passage de l’Early Stone Age au Middle Stone Age et du Paléolithique ancien au Paléolithique moyen. Or, des modes de débitage avec prédétermination, cette fois tournés vers la production d’éclats de grandes dimensions utilisés comme supports de macro-outils, sont attestés dès la seconde partie du Pléistocène moyen. La capacité à débiter de grands éclats est d’ailleurs considérée comme un caractère essentiel de l’Acheuléen tel qu’il est connu en Afrique à partir de 1,6 Ma. C’est seulement durant le Pléistocène moyen récent (SIM 10-7) que ces productions sont documentées en Europe, et plus spécifiquement dans le sud-ouest du continent ; c’est également durant cette période (à partir des SIM 11-10) que les méthodes de débitage de grands éclats impliquent des degrés de prédétermination élevés en Afrique du Nord. Ces différents contextes ont en commun l’utilisation prépondérante de matières premières grenues, ce qui nourrit de nombreux débats opposant le déterminisme environnemental à des facteurs technoculturels pour expliquer la distribution géographique disparate des grands éclats. Afin de contribuer à une meilleure caractérisation du paysage technoculturel de la seconde partie du Pléistocène moyen, encore mal compris et largement débattu, la nature et les implications du débitage et du traitement de ces objets énigmatiques au sein des systèmes techniques lithiques de cette période sont questionnées. Des industries provenant de contextes éloignés dans l’ouest européen et nord-africain, depuis le Massif armoricain jusqu’au Maroc en passant par le piémont nord-pyrénéen et la Péninsule ibérique, sont alors analysées via une approche techno-économique renforcée par des expérimentations sur les matières premières. De nouveaux contours du concept de « grand éclat » appliqué aux contextes européen et nord-africain sont proposés. Les grands éclats lato sensu ainsi définis ne semblent pas spécifiquement impliqués dans le virage technique majeur qui marque le début du Middle Stone Age et du Paléolithique moyen dans ces régions. Par ailleurs, un rapprochement entre leur présence et une tradition technique particulière n’est pas systématiquement envisageable. La valeur technoculturelle conférée à ces objets doit en effet être (re)questionnée au cas par cas à travers l’analyse de différents curseurs co-dépendants et complémentaires. Enfin, les grands éclats stricto sensu présents dans les industries du Paléolithique ancien des aires géographiques étudiées constituent bien un caractère distinctif de l’Acheuléen, tout en participant pleinement à sa variabilité. Cette tradition implique avant tout l’utilisation de tels produits comme supports de hachereaux.

Abstract

The notion of predetermination offers a way to understand technical tradition, as it implies the transmission of skills and knowledge. Growing systematisation and predetermination of flaking products used as blanks for small tools are key technical changes that characterise the transition from Early to Middle Stone Age and from Early to Middle Palaeolithic. However, flaking methods involving predetermination – this time aimed at producing large flakes used as macro-tool blanks – are attested from the second half of the Middle Pleistocene onwards. The ability to produce large flakes is, moreover, considered an essential characteristic of the Acheulean as known in Africa from 1,6 Ma. It is only during the Late Middle Pleistocene (MIS 10-7) that such productions are documented in Europe, and more specifically in the south-west of the continent; it is also during this period (from MIS 11-10 onwards) that methods for producing large flakes involve high degrees of predetermination in North Africa. These different contexts share the predominant use of coarse-grained raw materials, which feeds into numerous debates opposing environmental determinism with technocultural factors in explaining the disparate geographical distribution of large flakes. The second half of the Middle Pleistocene remains poorly understood and widely debated. In order to contribute to a better characterisation of this period’s technocultural landscape, the nature and implications of the flaking and processing of these enigmatic objects within lithic technical systems are examined. Distant contexts across Western Europe and North Africa are considered, ranging from the Armorican Massif to Morocco, via the northern Pyrenean foothills and the Iberian Peninsula. Lithic industries are analysed using a techno-economic approach, supported by experiments on raw materials. New outlines of the ‘large flake’ concept, as applied to these contexts, are proposed. The large flakes lato sensu thus defined do not appear to be specifically implicated in the major technical shift that marks the beginning of the Middle Stone Age and the Middle Palaeolithic in these regions. Furthermore, it is not always possible to establish a link between their presence and a particular technical tradition. The technocultural value attributed to these objects must, in fact, be (re)examined in each case through the analysis of various interdependent and complementary indicators. Finally, the large flakes stricto sensu found in the Early Palaeolithic industries of these geographical areas do indeed constitute a distinctive feature of the Acheulean, while also contributing fully to its variability. This tradition primarily involves the use of such products as blanks for cleavers.

Resumen

El concepto de predeterminación permite comprender el de tradición técnica, ya que implica la transmisión de habilidades y conocimientos. Una creciente sistematización y predeterminación de los productos de debitage utilizados como soportes para herramienta pequeña figuran entre los principales cambios técnicos que caracterizan el paso del Early Stone Age al Middle Stone Age y del Paleolítico antiguo al Paleolítico medio. Sin embargo, ya desde la segunda mitad del Pleistoceno medio se conocen modos de tallado con predeterminación, esta vez orientados a la producción de lascas de grandes dimensiones utilizadas como soportes de grandes herramientas. La capacidad de obtener grandes lascas se considera, además, un aspecto esencial del Acheuleano como se conoce en África desde 1,6 Ma. Solo durante el Pleistoceno medio reciente (MIS 10-7) se documentan estas producciones en Europa, y más concretamente en el suroeste del continente; es también durante este periodo (a partir del MIS 11-10) que los métodos de extracción de grandes lascas implican altos grados de predeterminación en África del Norte. Estos distintos contextos tienen en común el uso predominante de materias primas con grano grueso, lo que alimenta numerosos debates que oponen el determinismo ambiental a los factores tecnoculturales para explicar la distribución geográfica irregular de las grandes lascas. Con el fin de contribuir a una mejor caracterización del panorama tecnocultural de la segunda mitad del Pleistoceno medio, aún poco comprendido y ampliamente debatido, se analizan la naturaleza y las implicaciones de la producción y el tratamiento de estos enigmáticos objetos dentro de los sistemas técnicos líticos de este periodo. Se analizan entonces industrias del oeste de Europa y África del Norte, desde el Macizo Armórico hasta Marruecos, pasando por el piedemonte norte de los Pirineos y la Península Ibérica, mediante un enfoque tecnoeconómico reforzado con experimentos sobre las materias primas. Se proponen nuevos contornos del concepto de «gran lasca» aplicado a estos contextos. Las grandes lascas lato sensu así definidas no parecen estar específicamente implicadas en el importante giro técnico que marca el inicio del Middle Stone Age y del Paleolítico Medio en estas regiones. Por otra parte, no siempre es posible establecer una relación entre su presencia y una tradición técnica concreta. De hecho, el valor tecnocultural que se atribuye a estos objetos debe (re)cuestionarse caso por caso mediante el análisis de diferentes indicadores codependientes y complementarios. Por último, las grandes lascas stricto sensu presentes en las industrias del Paleolítico antiguo de estas zonas geográficas constituyen efectivamente un rasgo distintivo del Achelense, al tiempo que forman parte integrante de su variabilidad. Esta tradición implica, ante todo, el uso de estos productos como soportes de hendedores.