Thème 3 : Les mondes urbains (bilan 2014-2019)

Les profondes transformations morphologiques et fonctionnelles qui ont affecté les villes depuis l’Antiquité jusqu’à la fin du Moyen Âge ont été amplifiées, dans la seconde moitié de cette période, par un foisonnement de petites villes qui constitue une sorte de dilution du fait urbain jusqu’au plus profond des campagnes. Pour appréhender la ville médiévale dans sa diversité et sa complexité, il est donc essentiel de faire largement place à ses manifestations les plus humbles et les plus paradoxales, en essayant de saisir les rapports particuliers que les sociétés urbaines entretenaient avec leur l’espace. Singularisé dans le sud-ouest de la France par l’effacement relatif du réseau antique et l’explosion tardive des bourgs marchands, le phénomène peut et doit se lire tout à la fois à l’échelle des architectures urbaines, de la topographie des villes et des réseaux d’échanges.
 

Relevé d'architecture de l'église Saint-Martin de MoissacL’appréhension de la ville par son architecture et plus particulièrement celle de la maison, est, de longue date, une spécificité de l’équipe. En s’appuyant sur un panel de méthodes et d’échelles d’observation, de l’inventaire à l’archéologie du bâti, plusieurs études ont été réalisées ces dernières années sur le corpus remarquable de maisons médiévales du Sud-Ouest. Si certains travaux ont été dirigés afin de contribuer à l’étude de la maison médiévale (Castelsagrat) et l’histoire des techniques architecturales, notamment le pan de bois, d’autres ont été réalisés avec l’objectif de recueillir des informations à l’échelle d’un ensemble architectural, comme lors de l’étude du lotissement rue Tourneuve à Moissac, ou d’une agglomération (maisons du bourg de Lagrasse). Bien que l’architecture constitue la source première pour l’étude de ces demeures, les travaux ont parfois fait appel aux données archéologiques, à travers la fouille de structures domestiques (Moissac), ou à l’analyse des sources fiscales (étude des compoix de Moissac) dans la mesure où celles-ci livrent des renseignements sur les valeurs sociales des maisons, tant qualitatives que quantitatives. Parmi les projets collectifs menés sur le thème de l’architecture résidentielle, celui consacré à la Berbie, c’est-à-dire au palais des évêques d’Albi, mêle plus étroitement études archéologiques, travaux historiques et d’histoire de l’art. Ce programme, qui est en cours d’achèvement, permet non seulement d’appréhender l’expression du pouvoir seigneurial en ville, mais aussi évolution d’une résidence épiscopale du XIIIe au XVIIIe siècle.

Lagrasse, le bourg et le monastèreL’analyse du fait urbain a également conduit au développement d’études topographiques ou morphologiques menées à l’échelle de l’îlot ou de l’agglomération. Dans un cas comme dans l’autre, les recherches ont été dirigées dans le but d’identifier les ruptures et les continuités des éléments constitutifs des villes, d'en identifier les causes, locales ou plus générales, afin d'appréhender finement la variété des rapports socio-spatiaux. La réalisation de plusieurs synthèses marque l’achèvement d’un certain nombre de projets de recherche qui s’exprime non seulement sous la forme de publications monographiques proposées à l’échelle d’une ville (Mont-de-Marsan) ou d’un quartier (Tours) mais aussi de soutenance de thèses (Lagrasse, Saint-Antonin). Chacun à leur manière, ces travaux offrent des réflexions d’ordre méthodologique sur la nature des sources, leur imprécision, leur incomplétude, voire leur contradiction. Le séminaire d’équipe intitulé Regards croisés sur la ville médiévale a été le moment fort de partage et d’échange sur ces questions. Les travaux réalisés dans le cadre du quinquennal ont aussi concerné l’acquisition de nouvelles données grâce à l’édition de sources (cartulaire de Moissac), à la poursuite ou à l’engagement de programmes de terrain. On retiendra notamment les opérations de fouilles menées à Lagrasse ou à Moissac qui visaient toutes deux à travailler sur le phénomène des bourgs monastiques, l’environnement, la nature et le rythme des occupations domestiques.


Fort villageoisLongtemps focalisée sur la propagation spectaculaire des bourgs castraux et des bastides, l’étude des réseaux urbains a été étendue au cas paradoxal des forts villageois de la fin du Moyen Âge dans le cadre de thèses sur le Gers et le Toulousain et d’une synthèse inter-régionale dont la publication ne saurait tarder. Le rôle de l’armature commerciale dans la hiérarchisation de ce réseau a donné lieu, de son côté, à une nouvelle vague de travaux et à plusieurs journées d’étude ou colloques. L’enquête est actuellement poursuivie grâce au développement d’une base de données géolocalisée visant à mesurer, pour tout le Languedoc et une partie de la Gascogne, l’influence respective des critères d’importance et de centralité de ces agglomérations (population, fortifications, foires, marchés, établissements religieux, contributions fiscales, etc.). Plus spécifiquement, les réseaux de la production et de la consommation de céramique dans le Toulousain ont fait l’objet d’une thèse et d’importantes collaborations avec le réseau ICERAMM de l’Université de Tours. À une autre échelle, enfin, il a longuement été débattu de la place de la capitale régionale dans la circulation des modèles, les échanges intellectuels et la production artistique, lors du colloque consacré à Toulouse au XIVe siècle en prélude à l’exposition qui se tiendra au musée de Cluny à Paris, puis au musée des Augustins à Toulouse en 2020.