Travaux et Recherches Archéologiques
sur les Cultures, les Espaces et les Sociétés
UMR 5608 T.R.A.C.E.S

le 11 octobre 2013

JHE-petillon-oct-2013.gif

JHE-petillon-oct-2013.gif

 
Journal of Human Evolution, vol. 65, octobre 2013

Un article de Jean-Marc Pétillon

Circulation of whale-bone artifacts in the northern Pyrenees during the Late Upper Paleolithic / Circulation des objets en os de grand cétacé dans le nord des Pyrénées au Paléolithique supérieur récent. Journal of Human Evolution, (2013) 65, 1-19.
http://dx.doi.org/10.1016/j.jhevol.2013.06.006
(Disponible en ligne selon vos droits sur la base ScienceDirect.com)

Contexte

À la fin de la dernière glaciation, entre -18000 et -14000 ans, l’Europe est habitée par des groupes de chasseurs-collecteurs nomades paléolithiques. Le niveau de la mer est alors environ 100 m plus bas que l’actuel. Mais entre -15000 et -14000 ans, un réchauffement climatique entraîne à l’échelle mondiale une hausse rapide du niveau marin, de plusieurs dizaines de mètres ; en Europe, la ligne de côte recule au minimum de plusieurs kilomètres. Les éventuels sites paléolithiques proches de la côte sont alors submergés. La conséquence est que nous n’avons aujourd’hui aucune connaissance directe sur la manière dont les groupes paléolithiques avaient peut-être pu s’adapter au milieu littoral – installations en bord de mer, exploitation des animaux marins, etc. Les indices indirects sur un tel mode de vie littoral n’en sont donc que plus précieux.
Cette publication annonce la découverte, dans une dizaine de sites nord-pyrénéens datés entre -17500 et -15000 ans, d’une centaine d’objets en os de grand cétacé (baleine, cachalot, etc.), essentiellement des pointes de sagaie. Ces objets, manifestement fabriqués sur la côte atlantique (actuel Pays Basque), ont ensuite été diffusés selon un axe ouest-est jusque dans les Pyrénées centrales (Ariège actuelle). Cette découverte prouve que, avant la hausse du niveau marin, les groupes paléolithiques fréquentaient le littoral atlantique, exploitaient les grands cétacés (probablement les carcasses des animaux échoués naturellement), et que les produits de cette exploitation alimentaient ensuite un réseau de diffusion s’étendant jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres à l’intérieur des terres. Elle nous renseigne donc sur l’existence d’un mode de vie littoral bien établi dès la fin du Paléolithique supérieur, et dont tous les sites et habitats sont aujourd’hui submergés.
 


Pointe de sagaie en os de grand cétacé ; grotte des Espélugues (Hautes-Pyrénées).
Photo de l’auteur, pièce conservée au musée d’Archéologie nationale.


Description de la recherche

 
La recherche s’est déroulée sur 4 ans (fin 2008-début 2013) et a impliqué, de la part de l’auteur, l’analyse de 42 collections d’objets en os paléolithiques provenant de 23 sites (ou ensembles de sites) et conservées dans 14 musées ou dépôts de fouille en France. Les phases finales de la recherche ont bénéficié du soutien du projet ANR Magdatis, actuellement en cours (http://www.magdatis.fr). Les objets en os de cétacé ont été identifiés sur la base de leurs caractères macroscopiques (aspect de surface, porosité, etc.), critères dont des analyses physico-chimiques avaient permis de vérifier la validité (voir http://dx.doi.org/10.1016/j.jas.2011.06.029).
 


 

 

 

 



Logo Sciences en marche

Version PDF | Mentions légales | Conseils d'utilisation | Lien vers RSSSuivre les actualités | haut de la page