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Archéologie expérimentale et ethnoarchéologie pour une approche de l’histoire de la technologie
Coordinatrice et correspondant web : B. Armbruster
L'étude de la culture matérielle ancienne et la recherche sur ses dimensions technologiques exigent une approche interdisciplinaire intégrant des méthodes propres aux sciences humaines, des sciences des matériaux dites « dures », et des connaissances du savoir-faire des métiers, qui supposent un regard à la fois pratique, théorique et analytique (Armbruster et Guerra 2003). Certaines disciplines étudient le travail direct sur l'objet, comme les études optiques macroscopiques et microscopiques ou encore des méthodes d'analyses physico-chimiques. D'autres disciplines consistent à développer par analogie des modèles théoriques de compréhension. L'archéologie expérimentale offre une méthode de recherche sur la culture matérielle par laquelle les activités des artisans du passé peuvent être étudiées dans leurs capacités et leur développement par une expérience pratique (Fansa 2005). Elle permet la construction, ainsi que la confirmation ou l'infirmation de modèles explicatifs concernant essentiellement des technologies anciennes (Schiffer et Skibo 1987 ; Renfrew et Bahn 2005). L'expérimentation exige de la rigu
eur dans la documentation détaillée de l'opération pour pouvoir la répéter. Les matériaux et l'outillage disponibles à l'époque concernée devraient être pris en considération pour la reconstruction de modèles technologiques, car les propriétés mécaniques inhérentes aux matériaux utilisés limitent leur utilisation. En général, l'expérimentation présente un outil d'évaluation de l'évolution du savoir-faire des artisans anciens (Armbruster 2000, 27-28). Souvent des répliques d'objets anciens réalisées par des méthodes de travail modernes ont été abusivement considérées comme des produits de l'expérimentation.
L'étude de la culture matérielle ancienne et la recherche sur ses dimensions technologiques exigent une approche interdisciplinaire intégrant des méthodes propres aux sciences humaines, des sciences des matériaux dites « dures », et des connaissances du savoir-faire des métiers, qui supposent un regard à la fois pratique, théorique et analytique (Armbruster et Guerra 2003). Certaines disciplines étudient le travail direct sur l'objet, comme les études optiques macroscopiques et microscopiques ou encore des méthodes d'analyses physico-chimiques. D'autres disciplines consistent à développer par analogie des modèles théoriques de compréhension. L'archéologie expérimentale offre une méthode de recherche sur la culture matérielle par laquelle les activités des artisans du passé peuvent être étudiées dans leurs capacités et leur développement par une expérience pratique (Fansa 2005). Elle permet la construction, ainsi que la confirmation ou l'infirmation de modèles explicatifs concernant essentiellement des technologies anciennes (Schiffer et Skibo 1987 ; Renfrew et Bahn 2005). L'expérimentation exige de la rigu
eur dans la documentation détaillée de l'opération pour pouvoir la répéter. Les matériaux et l'outillage disponibles à l'époque concernée devraient être pris en considération pour la reconstruction de modèles technologiques, car les propriétés mécaniques inhérentes aux matériaux utilisés limitent leur utilisation. En général, l'expérimentation présente un outil d'évaluation de l'évolution du savoir-faire des artisans anciens (Armbruster 2000, 27-28). Souvent des répliques d'objets anciens réalisées par des méthodes de travail modernes ont été abusivement considérées comme des produits de l'expérimentation.Les analogies fonctionnelles en ethnoarchéologie
Les analogies fonctionnelles en
ethnoarchéologie offrent également une méthode comparative pour la restitution des techniques anciennes. Il est encore possible de nos jours d'observer bon nombre d'outils et de procédés de fabrication traditionnels auprès d'artisans non européens (Nicolaisen 1962 ; David et Kramer 2001). Par exemple, les observations dans des ateliers d'orfèvres, de dinandiers, de fondeurs et de forgerons sont bien évidemment des sources d'informations essentielles pour les recherches sur la métallurgie protohistorique. L'ethnologie en est extrêmement riche : les objets ethnographiques dans des musées ou collections, les textes concernant l'artisanat dans
d'anciennes chroniques, les documentations visuelles (photos, dessins, films ethnologiques), et finalement la coopération directe avec les artisans traditionnels dans le cadre de recherches sur le terrain. Les différentes sources ethnographiques montrent l'usage d'outils simples, de constructions variées ainsi que les gestes exécutés lors de leur utilisation. Une combinaison de l'expérimentation et de l'approche ethnoarchéologique se présente quand des spécimens correspondant typologiquement et technologiquement à des artefacts archéologiques se fabriquent dans un atelier traditionnel actuel (Longacre 1992). Ce rapprochement peut apporter des informations précieuses, notamment sur la chaîne opératoire de la fabrication d'objets archéologiques, ainsi que sur l'outillage et le geste correspondants (Armbruster 1995). L'intérêt de l'archéologie expérimentale et de l'ethnoarchéologie s'est révélé dans le domaine de la métallurgie dans le 19ème siècle (Müller 1877 ; Gowland 1899). L'objectif de la recherche dans le domaine de l'histoire de la technologie est en fait multiple. Il s'agit à la fois de comprendre les procédés de fabrication, l'outillage impliqué, l'organisation de l'atelier, le geste de l'artisan ainsi que son rôle dans la société.
L'évolution du savoir-faire technique et les influences culturelles externes, par opposition aux innovations d'ordre interne, sont intimement liées à l'histoire des techniques. Cette recherche contribue à développer la connaissance des échanges et du transfert de savoir-faire technologique, voire de l'évolution idéologique, par le passé.
ethnoarchéologie offrent également une méthode comparative pour la restitution des techniques anciennes. Il est encore possible de nos jours d'observer bon nombre d'outils et de procédés de fabrication traditionnels auprès d'artisans non européens (Nicolaisen 1962 ; David et Kramer 2001). Par exemple, les observations dans des ateliers d'orfèvres, de dinandiers, de fondeurs et de forgerons sont bien évidemment des sources d'informations essentielles pour les recherches sur la métallurgie protohistorique. L'ethnologie en est extrêmement riche : les objets ethnographiques dans des musées ou collections, les textes concernant l'artisanat dans
d'anciennes chroniques, les documentations visuelles (photos, dessins, films ethnologiques), et finalement la coopération directe avec les artisans traditionnels dans le cadre de recherches sur le terrain. Les différentes sources ethnographiques montrent l'usage d'outils simples, de constructions variées ainsi que les gestes exécutés lors de leur utilisation. Une combinaison de l'expérimentation et de l'approche ethnoarchéologique se présente quand des spécimens correspondant typologiquement et technologiquement à des artefacts archéologiques se fabriquent dans un atelier traditionnel actuel (Longacre 1992). Ce rapprochement peut apporter des informations précieuses, notamment sur la chaîne opératoire de la fabrication d'objets archéologiques, ainsi que sur l'outillage et le geste correspondants (Armbruster 1995). L'intérêt de l'archéologie expérimentale et de l'ethnoarchéologie s'est révélé dans le domaine de la métallurgie dans le 19ème siècle (Müller 1877 ; Gowland 1899). L'objectif de la recherche dans le domaine de l'histoire de la technologie est en fait multiple. Il s'agit à la fois de comprendre les procédés de fabrication, l'outillage impliqué, l'organisation de l'atelier, le geste de l'artisan ainsi que son rôle dans la société.
L'évolution du savoir-faire technique et les influences culturelles externes, par opposition aux innovations d'ordre interne, sont intimement liées à l'histoire des techniques. Cette recherche contribue à développer la connaissance des échanges et du transfert de savoir-faire technologique, voire de l'évolution idéologique, par le passé.Une amélioration méthodique des études
Dans l'optique d'une recherche et d'une formation portant sur l'histoire de la technologie au sein de TRACES, des projets en archéologie expérimentale et en ethnoarchéologie sont primordiaux pour mieux saisir les chaînes opératoires. Souvent ces approches sont plus vues comme des activités auxiliaires ou d'amateurs, que comme des méthodes de recherche scientifique. Ce sentiment s'explique par un manque de structures équipées, ainsi que par la carence d'une formation et d'un savoir-faire appropriés. Une amélioration méthodique d'études en archéologie expérimentale et en ethnoarchéologie seront de ce fait des objectifs à poursuivre pour retrouver les gestes, les techniques, les chaînes opératoires. Les expérimentations menées avec rigueur exigent la constitution d'une documentation les rendant compréhensibles et reproductibles. Etant donné qu'il s'agit d'une approche active et pratique, elle ne peut progresser et apporter des résultats qu'à la condition de disposer de structures capables de mettre en place des ateliers.


Bracelets du trésor de Villena, Alicante, Espagne, et expérimentation du façonnage de modèles en cire


Reconstitution d'un tour et représentation d'un tour sur un dessin japonnais
Transversalité et pluridisciplinarité
Un regard croisé sur la culture matérielle par une approche interdisciplinaire comprenant l'expérimentation et des informations d'origine ethnographique sera enrichissant pour tous ceux qui travaillent sur les aspects technologiques du mobilier archéologique - qu'il soit en matière inorganique telle que la pierre, la céramique, ou le métal, ou en matière organique comme l'os ou le bois de cerf -, sur l'art pariétal ou encore sur les structures architecturales. Ainsi cette démarche s'inscrit tout à fait dans la transversalité dans le temps et la pluridisciplinarité de l'équipe de TRACES. Des études ponctuelles ainsi que des séminaires et tables rondes transversaux ayant une vision à la fois théorique et pratique sur ces outils de recherche pourront s'intégrer dans la recherche et l'enseignement. Dans cette perspective, des espaces bien équipés et réservés à des activités expérimentales, tels que des ateliers pour différentes tâches métallurgiques (respectant des mesures de sécurité à propos des sources de chaleur, des fumées, des acides et des produits chimiques) et des ateliers à ciel ouvert devraient être prévus dans le cadre d'une Maison de l'Archéologie. D'ailleurs une étroite collaboration avec les chercheurs des sciences des matériaux affectés à TRACES est souhaitable pour examiner sous un angle analytique les produits expérimentaux en comparaison avec les résultats obtenus dans l'étude du mobilier archéologique.
Notice bibliographique
Armbruster 1995: B. R. Armbruster, Traditionelles Goldschmiedehandwerk in Westafrika und bronzezeitliche Metallverarbeitung in Europa. Technologien im ethnoarchäologischen Vergleich. Beiträge zur Allgemeinen und Vergleichenden Archäologie 15, 1995, 111-201.
Armbruster 2000: B. R. Armbruster, Goldschmiedekunst und Bronzetechnik. Studien zum Metallhandwerk der Atlantischen Bronzezeit auf der Iberischen Halbinsel. Monographies instrumentum 15 (Montagnac 2000).
Armbruster et Guerra 2003: B. R. Armbruster et M. F. Guerra, L'or archéologique, une approche interdisciplinaire. Techné 18, 2003, 57-62.
David et Kramer 2001: N. David et C. Kramer, Ethnoarchaeology in action. Cambridge World Archaeology (Cambridge 2001).
Fansa 2005: M. Fansa (Hrsg.), Von der Altsteinzeit über "Ötzi" bis zum Mittelalter. Ausgewählte Beiträge zur Experimentellen Archäologie in Europa von 1990-2003. Experimentelle Archäologie in Europa. Sonderband 1 (Oldenburg 2005).
Gowland 1899: W. Gowland, The early metallurgy of copper, tin and iron in Europe, as illustrated by ancient remains, and the primitive process surviving in Japan. Archaeologia (London) 56 (2), 1899, 267-322.
Longacre 1992: W. A. Longacre, The perfect marriage: the essential joining of ethnoarchaeology and experimental archaeology. In: Ethnoarchéologie, justification, problèmes, limites. XIIe Rencontres Internationales d'Archéologie et Histoire d'Antibes, 17.-19.10.1991. (Juan-les-Pins 1992) 15-24.
Müller 1877: S. Müller, Zur Bronzealter-Frage. Notizen zu den Gegenbemerkungen der Herren Professoren Genthe, Lindenschmidt und Hostmann. Archiv für Anthropologie 10, 1877, 27-40.
Nicolaisen 1962: J. Nicolaisen, Afrikanske Smede. Kulturhistoriske og sociologiske problemer belyst ved studier hos Tuaregerne og ved komparativ analyse. Kuml 1962, 33-79.
Renfrew et Bahn 2005: C. Renfrew et P. Bahn, Archaeology. The key concepts. (London, New York 2005).
Schiffer et Skibo 1987: B. Schiffer et J. M. Skibo, Theory and experiment in the study of technological change. Current Anthropology 28 (5), 1987, 595-622.
Armbruster 2000: B. R. Armbruster, Goldschmiedekunst und Bronzetechnik. Studien zum Metallhandwerk der Atlantischen Bronzezeit auf der Iberischen Halbinsel. Monographies instrumentum 15 (Montagnac 2000).
Armbruster et Guerra 2003: B. R. Armbruster et M. F. Guerra, L'or archéologique, une approche interdisciplinaire. Techné 18, 2003, 57-62.
David et Kramer 2001: N. David et C. Kramer, Ethnoarchaeology in action. Cambridge World Archaeology (Cambridge 2001).
Fansa 2005: M. Fansa (Hrsg.), Von der Altsteinzeit über "Ötzi" bis zum Mittelalter. Ausgewählte Beiträge zur Experimentellen Archäologie in Europa von 1990-2003. Experimentelle Archäologie in Europa. Sonderband 1 (Oldenburg 2005).
Gowland 1899: W. Gowland, The early metallurgy of copper, tin and iron in Europe, as illustrated by ancient remains, and the primitive process surviving in Japan. Archaeologia (London) 56 (2), 1899, 267-322.
Longacre 1992: W. A. Longacre, The perfect marriage: the essential joining of ethnoarchaeology and experimental archaeology. In: Ethnoarchéologie, justification, problèmes, limites. XIIe Rencontres Internationales d'Archéologie et Histoire d'Antibes, 17.-19.10.1991. (Juan-les-Pins 1992) 15-24.
Müller 1877: S. Müller, Zur Bronzealter-Frage. Notizen zu den Gegenbemerkungen der Herren Professoren Genthe, Lindenschmidt und Hostmann. Archiv für Anthropologie 10, 1877, 27-40.
Nicolaisen 1962: J. Nicolaisen, Afrikanske Smede. Kulturhistoriske og sociologiske problemer belyst ved studier hos Tuaregerne og ved komparativ analyse. Kuml 1962, 33-79.
Renfrew et Bahn 2005: C. Renfrew et P. Bahn, Archaeology. The key concepts. (London, New York 2005).
Schiffer et Skibo 1987: B. Schiffer et J. M. Skibo, Theory and experiment in the study of technological change. Current Anthropology 28 (5), 1987, 595-622.


